6-2 Les crues torrentielles de rivières torrentielles

 

Les rivières torrentielles sont caractérisées par une pente moyenne à fortecomprise entre 1 et 6 %, et l’étendue de leur bassin versant. Elles sont situées en zone de montagne ou à l’aval immédiat des reliefs marqués. Les débits de crue, plus importants que ceux des torrents, s’écoulent aussi très rapidement ; la vitesse des eaux peut atteindre plusieurs mètres par seconde. Les délais de prévision, souvent extrêmement courts, laissent peu de temps pour une évacuation de la population. On parle de crue subite ou crue éclair (flash-flood des Anglo-Saxons).
Pour les services météorologiques, les crues subites sont celles qui se produisent quelques heures après l’orage qui leur a donné naissance. Le liquide augmente très rapidement et peut être multiplié plusieurs fois par le facteur 10 (le cas le plus spectaculaire est celui de la crue de l’Ardèche en 1890 dont le a pu passer, en 24 heures, de quelques m3/s à ...6 000 m3/s!).
Le risque redouté, outre le débordement, est celui de l’affouillement très important des berges résultant de la très grande vitesse du courant ainsi que du transport de matériaux.

a - La catastrophe du Grand-Bornand en Haute-Savoie

Nous avons vu, à propos de Theys et Tencin, les caractéristiques de la situation météorologique de ce mois de juillet 1987 dans les Alpes. Les crues du Borne aussi en sont une conséquence.
Situé à l’ouest de la chaîne des Aravis, le bassin du Borne, au Grand-Bornand, s’étage entre 2750 et 980 m d’altitude. Le village est situé au confluent du Borne et du Chinaillon. C’est sur le Mont Lachat de Châtillon que s’est concentré l’orage du 14 juillet . La couverture végétale du bassin est importante (20 % de forêts et 46 % de pâturages). La surface urbanisée n’est que de 2,5 %, le reste étant constitué par les sommets rocheux de la chaîne des Aravis.
Ce 14 juillet, vers 17 h 30, une très forte pluie orageuse, accompagnée de grêle, s’est abattue sur le bassin versant du Borne, à l’amont du Grand-Bornand, et a provoqué une montée des eaux, très rapide du Borne. A cet endroit le lit s’apparente à une rivière torrentielle puisque sa pente est forte (4 %). Montée des eaux très rapide et fort avec transport important de matériaux graveleux et de végétaux, ont provoqué de nombreux dégâts, notamment des obstructions de ponts, avec dépôts dans les rues du Grand-Bornand, interruption du trafic sur les routes inondées ; mais la conséquence, de toute évidence la plus dramatique, fut l’inondation d’un camping en rive droite du Borne : le camping s’est trouvé en effet, transformé en
dérivation du torrent et les flots emportèrent voitures et caravanes ; on a déploré malheureusement 23 victimes.
Si l’on analyse les causes des ces événements, on arrive aux conclusions suivantes :
- les crues des deux torrents, ont été concomitantes, ou à peu près.
Normalement, le Borne possède un temps de concentration supérieur à celui du Chinaillon, mais la pluie n’a affecté que la partie aval de son bassin versant, d’où la coïncidence;
- sur tous les cours d’eau, la capacité insuffisante des sections d’écoulement, a provoqué des débordements, ainsi que des affouillements avec chutes d’arbres entiers, en grande partie responsables des obstructions diverses aux ponts, coudes, etc. avec dépôts de matériaux graveleux.
Un essai de quantification a conduit à l’évaluation d’un de l’ordre de 200 m3/s. Une étude statistique menée par M. Meunier (1990) sur les pluies de 3 h et sur les s, a donné une période de retour de 170 ans au minimum pour un tel .
Enfin, l’analyse des circulations d’eau dans le camping dévasté, a permis de souligner l’incidence de la forte pente du terrain, qui a engendré des vitesses de plusieurs mètres par seconde empêchant l’évacuation des personnes sinistrées.
Cette catastrophe a conduit les pouvoirs publics à recenser sur le territoire national, les campings susceptibles d’être exposés à des risques naturels , inondation ou autre (chap.XV). En Isère, cet inventaire a permis d’identifier une cinquantaine de ces terrains, exposés principalement aux crues torrentielles mais aussi aux chutes de pierres et aux glissements de terrain.

b - La catastrophe de Nîmes

Cette partie est développée dans le livre 

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  • A la suite de cet événement, le secrétaire d’Etat chargé de la prévention des risques technologiques et naturels majeurs a constitué une mission technique chargée de tirer les enseignements de cet événement. Les conclusions de cette mission sont présentées dans un rapport appelé «rapport Ponton» du nom de l’ingénieur général des Ponts et Chaussées animateur de ce groupe de travail.
    L’événement pluvio-orageux qui a frappé Nîmes, le 3 octobre 1988, essentiellement entre 4 heures et 12 heures, a concerné la totalité de l’amphithéâtre naturel entourant l’agglomération ; l’ensemble représentant une superficie de 50 km2 environ.
    En l’espèce, il s’est agi de ruissellements collinaires, sur de petits bassins versants assez pentés, dominant immédiatement la ville ; la crête est à une altitude de 150 à 200 mètres, et à une distance de 4 à 5 kilomètres de la limite inférieure de l’agglomération, dont l’altitude varie de 30 à 50 mètres.
    Les précipitations ont partout dépassé 300 mm. Le pluviomètre du Mas de Ponge, situé sur la crête, a débordé à partir de 420 mm. L’intensité moyenne a été assez régulière, soit 50 mm environ par heure, avec des maximums ponctuels approchant 100 mm. Ces intensités se sont maintenues pendant six heures.
    Les pluies d’octobre 1988 ne sont pas vraiment exceptionnelles : on note au moins cinq événements d’importance comparable au cours des six derniers siècles.
    D’après le rapport Ponton, l’apport pluviométrique total a été de 15 millions de mètres cubes dans la matinée du 3 octobre, dont 10 millions qui ont submergé Nîmes, y compris l’écoulement de la source karstique dont le maximal est de l’ordre de 30 m3 / s.
    L’urbanisation des premières pentes du bassin versant ainsi que le déboisement et la rapide saturation du sol ont augmenté les coefficients de ruissellement, diminuant ainsi les temps de concentration. Le coefficient global1 semble avoir atteint 0,9, alors que l’on prend habituellement 0,4 pour les calculs. Les eaux ont atteint le centre de Nîmes en moins d’une heure.
    D’après le même rapport, ces petits bassins versants sont drainés par de petits vallons dont l’urbanisation a sous-estimé les s :
    - tout d’abord à l’amont, puisque leur lit, à l’air libre, a été resserré notamment par des ouvrages routiers,trop étroits mais aussi et surtout par l’implantation de maisons et de murs de clôture ;
    - puis dans la traversée de la ville dense où ils ont été confinés dans des canalisations pluviales de section trop réduite;
    - enfin à leur débouché aval, dans la partie inférieure de l’agglomération, où ils se trouvent barrés par les remblais successifs de la voie ferrée, de la rocade et de l’autoroute, dotés d’ouvrages de franchissement de capacité souvent insuffisante.
    C’est de ce type de lacunes caractérisant l’aménagement qu’il convient de tirer les enseignements, car il est fréquent que les villes soient situées dans des contextes topographiques comparables et que des évacuateurs naturels, dont le rôle n’est vraiment important qu’en cas de crise pluviale, aient été oblitérés par des travaux d’urbanisation ou d’assainissement, tenant insuffisamment compte de leur présence et de leur rôle.
    L’importance des dégâts constatés à Nîmes résulte de la conjonction de deux faits : d’une part, la localisation stationnaire du phénomène météorologique sur la totalité des petits bassins versants situés directement à l’amont, d’autre part, une urbanisation qui s’est très fortement développée sans qu’aient été suffisamment pris en compte les risques hydrauliques, pourtant illustrés par les événements des trois derniers siècles.
    La catastrophe a tué dix personnes, dont huit entraînées par la violence des flots et deux noyées dans un parking souterrain privé. Une trentaine de maisons individuelles ont été détruites à l’amont de la ville parce qu’elles étaient construites dans les lits des
    cadereaux2 et beaucoup de petites constructions ont été plus ou moins endommagées. Par ailleurs, 1655 voitures ont été détruites. Le au coeur de la ville a pu atteindre 1 000 m3/s (Desbordes, 1989), soit 3 fois le de la Seine au Pont d’Austerlitz.
    Les ouvrages publics ont subi des dégradations importantes en particulier les voiries, les réseaux et... la plupart des installations souterraines !
    Le montant total du sinistre a été estimé à 3,3 milliards de francs 1988 dont 1,4 milliard pour les services publics, 1 milliard pour les biens particuliers et 0,9 milliard pour interruption des activités.

    Conclusion

    En 1977, une circulaire du ministre de l’Intérieur (77-284 INT) conduit à recommander une protection décennale pour le dimensionnement des réseaux d’assainissement pluvial en milieu urbain. Bien qu’elle donne la possibilité de choisir des fréquences plus faibles ou plus élevées, selon la densité de l’urbanisation, elle fonctionne, en fait, comme une règle coutumière; le niveau décennal demeure le plus fréquemment retenu.
    Si, dans certains cas (surface imperméabilisée étendue, configuration topographique), il devient indispensable, malgré le coût, de prendre en compte une période de retour supérieure à 10 ans, dans la majorité des situations, ce coût risque d’être insupportable: que faire alors ?
    Il faut tout d’abord garder présent à l’esprit le fait qu’un réseau d’assainissement pluvial, quelle que soit sa capacité, finira toujours, au gré des circonstances, par se révéler insuffisant.
    Ensuite, comme le suggèrent nombre de techniciens, il convient de mener parallèlement deux autres réflexions :
    - analyser la manière de réagir du réseau, et définir le parcours du excédentaire ainsi que les dégâts qu’il pourrait occasionner,
    - analyser le risque d’entraînement des véhicules et du mobilier urbain dont l’agglutination provoque le phénomène embâcle- dans les rues ou à l’entrée des passages inférieurs des voies de communication.
    On ne peut pas, en effet, raisonner selon une logique de protection absolue, mais plutôt choisir la politique de la meilleure protection possible, en admettant la submersion et en la rendant, dans la mesure du possible, non catastrophique.
    Le service RTM de l’Isère a expérimenté début 1993 ce qu’il appelle un « parcours à moindre dommage». Il s’agit, par une étude simple et rapide, privilégiant l’observation sur le terrain, de réaliser une cartographie du cheminement spontané des eaux excédentaires à travers les différents obstacles constitués par les constructions, le mobilier urbain et les véhicules. Ensuite, par des aménagements simples, du type déflecteur, judicieusement placés, de canaliser ces eaux selon un parcours le moins dommageable possible(cf § 8.3.5 et fig. 84a, b).
    Enfin, de nombreuses villes ont aménagé des bassins de rétention3 qui permettent d’augmenter un peu le niveau de protection. Ceci fait, il reste encore à réfléchir sur le trajet utilisé par le volume d’eau excédentaire et à oeuvrer pour minimiser les dégâts car tout ouvrage, quelle que soit la crue de projet à laquelle il sera adapté, pourra toujours être submergé par une crue plus forte.
    A Nîmes, outre la crue torrentielle, un ruissellement très important s’est produit par insuffisance du réseau d’assainissement pluvial en provenance de l’amont.
    Sans atteindre la gravité du phénomène nîmois, due partiellement au contexte urbain, le ruissellement sur versant en milieu rural est un phénomène courant. En effet, au cours de pluies intenses ou durables, après la saturation du sol, on observe un ruissellement d’abord diffus et généralisé, mais qui finit par se concentrer, dans des ravines et des combes habituellement sans écoulement, et dans des chemins. Cette eau est boueuse mais peu chargée en matériaux. Le coefficient de ruissellement peut être élevé, même dans les pentes végétalisées.
    Dans les cas les plus courants, il s’agit davantage d’une nuisance que d’un risque aigu, et qui se matérialise par l’engouffrement des eaux de ruissellement dans les ouvertures des façades amont de constructions dont on n’a pas prévu la surélévation par rapport au terrain naturel ou la protection par un ouvrage déflecteur (muret, levée de terre, fossé etc...).
    De façon générale, les surfaces imperméabilisées qui accélèrent le transit et concentrent les écoulements dans des chenaux de section parfois insuffisante, ou encombrés de déchets, et non entretenus, et l’absence de caniveaux le long des chemins, aggravent les conséquences du phénomène naturel.
    L’ensemble du pied des versants doit être considéré comme exposé à ce phénomène.

    c - La catastrophe de Vaison-la-Romaine et du nord du Vaucluse

    A la suite de ce drame, survenu le 22 septembre 1992, une commission technique d’enquête, organisée à la demande des ministres de l’Environnement et de l’Equipement, par le Conseil général des Ponts et Chaussées, sous la présidence de Maurice Bourges, ingénieur général des Ponts et Chaussées, a remis un premier rapport le 20 novembre 1992, puis un compte rendu d’une journée d’étude (le 4 juin 1993) à Aix-en-Provence, daté de septembre 1993. Les deux documents sont communément appelés «rapports Bourges».Les données chiffrées présentées ici sont extraites de ces deux rapports.

    Contexte géographique

    L’Ouvèze est une rivière torrentielle ( important, pente assez forte, de l’ordre de 1 % au niveau de Vaison) qui draine un bassin versant de 580 km2 jusqu’à Vaison. Sur sa rive droite, elle reçoit l’Eyguemarse à l’amont d’Entrechaux, puis le Lauzon juste à l’amont de Vaison-la-Romaine. Sur sa rive gauche, elle reçoit le Toulourenc face à l’Eyguemarse et le Groseau entre Entrechaux et Vaison. Le bassin versant du Toulourenc est minéral, mais ceux de l’Ouvèze et de ses autres affluents sont végétalisés (cultures et forêts).

    Phénomène météorologique

    Des pluies à caractère diluvien sont observées périodiquement sur différentes parties du littoral méditerranéen et de son arrière-pays. Les rebords méridionaux des Alpes et du Massif Central peuvent jouer le rôle d’amplificateur. L’occurrence de ces phénomènes est particulièrement fréquente à la fin de l’été et en automne. C’est en cette saison qu’arrivent les premières masses d’air polaire jusqu’aux latitudes tempérées. La rencontre de ces masses avec les masses d’air maritime tiède et humide venu de la Méditerranée crée des conditions de précipitation parfois extrêmes.
    Pendant la semaine qui a précédé l’épisode du 22 septembre, divers secteurs du pourtour méditerranéen et de l’Italie ont subi une perturbation avec des précipitations de plusieurs dizaines de millimètres en quelques heures. On lit, sur la carte prévisionnelle de Météo-France pour la journée du 22, les raisons d’une aggravation maximale liée à l’arrivée successive sur la zone d’un pré-front orageux, puis de la perturbation frontale la plus active, qui ont finalement conjugué leurs effets.
    L’épisode du 22 septembre a eu le caractère d’une véritable tempête par la violence des vents (98 km/h à Vinsobre, 122 km/h à Montélimar), l’importance des orages (nombreux impacts déclarés sur les cartes de Météorage) et les précipitations diluviennes.
    Deux bulletins «ALARME» ont été transmis par Météo-France à la Direction de la sécurité civile du ministère de l’Intérieur. Ces deux bulletins ont confirmé le caractère exceptionnel du phénomène météorologique et la bonne maîtrise des prévisionnistes de Météo-France.
    Les spécialistes s’accordent pour reconnaître que le phénomène pluvieux n’a touché qu’une partie du bassin amont de l’Ouvèze, soit 200 à 250 km2 sur les 580 km2 en amont de Vaison englobant les bassins du Lauzon, de l’Eyguemarse et du Groseau. A Vaison, on a enregistré 179 mm en 24 h (dont 154 mm en 3 h !). A Entrechaux, centre des isohyètes, on a enregistré 300 mm en 24 h.Le temps de réponse du bassin partiel amont (200 à 250 km2) a été de 4 h environ.

    Phénomènes hydrologiques et démarche hydraulique

    La détermination des s de crue du 22 septembre à Vaison-la-Romaine a été compliquée par le niveau très élevé des eaux, la modification du lit de la rivière et... la destruction partielle des stations de jaugeage. Le caractère tout à fait exceptionnel de la crue de l’Ouvèze à Vaison est le résultat de l’apport conjugué des bassins cités ci-dessus, qui ont fourni des s extraordinaires.
    De plus, un phénomène important de ruissellement pluvial urbain s’est ajouté au de la rivière.
    Différentes méthodes de calcul utilisées par plusieurs bureaux d’études (Cete, Sogreah, Cemagref) ont permis de chiffrer les s maximaux pour chaque bassin, soit le Lauzon 220 à 260 m3/s, le Groseau 390 à 405 m3/s, l’Eyguemarse 285 à 325 m3/s.
    En définitive, selon Saint-Seine (1993), les différentes démarches hydrologiques aboutissent à un maximal en amont immédiat de Vaison, compris entre 1200 et 1400 m3/s.Les modélisations des écoulements conduisent à proposer un de pointe, à l’aval du pont romain, compris entre 1000 et 1300 m3/s (au droit de cet ouvrage). L’examen des documents vidéo réalisés par un amateur met en évidence le fait qu’il n’y a pas eu de discontinuité dans l’évolution du phénomène, aussi bien à l’amont qu’à l’aval du pont romain et que, à 14h58, soit une heure avant la pointe de crue au cours de laquelle le pont a été submergé, l’écoulement était libre sous le pont. Le , à ce moment-là, a pu être estimé entre 800 et 900 m3/s. L’ensemble des analyses conduit donc à rejeter l’hypothèse, émise par certains experts, de la formation d’un bouchon (embâcle) qui aurait constitué un facteur décisif dans l’ du phénomène de crue.
    A Bédarrides, en aval de Vaison, la crue de l’Ouvèze est celle d’une rivière de plaine dont la caractéristique est d’étaler l’effet de pointe dans l’espace et dans le temps.

    Historique des crues de l’Ouvèze

    La commission d’enquête a pu retrouver, dans les archives départementales ou communales, un certain nombre d’événements du passé.
    30/11/1433 : A la suite de fortes pluies aggravées par la fonte des neiges, la Sorgue
    (affluent de l’Ouzon, lui-même affluent de l’Ouvèze) mais aussi le Rhône et la
    Durance débordent
    1576 : Un débordement de la Sorgue emporte, dans la commune du même nom,
    les murailles publiques sur une longueur de plusieurs mètres
    28/08/1596 : Brusque crue de l’Ouvèze à la suite d’un orage
    21/08/1616 : LE GRAND DESASTRE. Près de 80 maisons sont emportées à Bédarrides.
    A Vaison-la-Romaine, le parapet du pont romain est emporté.
    24/08/1622 : Grande inondation à Bédarrides. Des ponts sur la Sorgue et sur l’Ouvèze
    sont emportés
    24/09/1625 : Crue énorme de l’Ouvèze qui bouleverse tout sur ses bords
    26/09/1626 : «La grande inondation» à Monteux
    15/11/1674 : A Sorgues, un grand nombre de maisons sont renversées
    24/10/1737 : Importante inondation à Bédarrides
    17/10/1755 : L’Ouvèze emporte les digues à Bédarrides et inonde la localité
    03/12/1755 : Nouvelle invasion de l’Ouvèze
    08/09/1780 : «Inondation de Notre Dame» Grande inondation à Bédarrides
    27/05/1792 : Importante crue de l’Ouvèze entraînant de gros dégâts à Courthezon et à Violes
    août 1802 : Crue de l’Ouvèze à Vaison-la-Romaine
    nov. 1802 : Crue de l’Ouvèze à Vaison-la-Romaine ; une maison s’écroule au quartier des Palus
    07/06/1819 : Pluies considérables à Loriol, Sarrians, Bédarrides. Terres inondées par l’Ouvèze
    en amont du pont de Sarrians
    Fin oct. 1840 : Inondation générale à Bédarrides, Sorgues et Entraigues
    27/10/1886 : Importante crue, plusieurs ponts et quatre maisons emportées à Bédarrides
    1907 : Forte crue à Vaison-la -Romaine
    1935 : Forte crue à Bédarrides et Sorgues
    11/11/1951 : Crue estimée centennale : 2 mètres d’eau dans Bédarrides
    Ces informations ne présentent pas un caractère de fiabilité absolue, cependant on peut en dégager quelques éléments.
    L’Ouvèze connaît des crues marquantes plusieurs fois par siècle. Ces crues se concentrent à la fin de l’été ou au début de l’automne. La crue du 21 août 1616, appelée le grand désastre, et au cours de laquelle le pont romain fut submergé, pourrait être rapprochée de celle du 22 septembre 1992. Si tel est le cas, la durée de retour de la crue serait voisine de trois siècles.

    Conséquences humaines et économiques

    On a déploré, sur l’ensemble de la région touchée, 41 victimes dont 30 à Vaison (recensées dans le camping «Moulin de César», parmi les habitations en amont du pont romain, dans l’agglomération et surtout dans les lotissements et la zone artisanale en aval du pont romain), 67 communes et 9000 personnes sinistrées à titre divers, 12 ponts emportés. On a compté aussi des dommages aux cultures, aux commerces, aux réseaux et aux voiries.
    Les zones principalement concernées sont les communes traversées par l’Ouvèze, de Vaison à Bédarrides et les affuents sud-ouest du Mont-Ventoux (Salette, Brégoux, Mède, Auzon). Alors que le maximum de la crue a eu lieu en début d’après-midi à Vaison et dans les parties amont des bassins versants, il s’est produit en fin d’après-midi à Bédarrides où l’inondation s’est poursuivie pendant plusieurs jours.

    Conclusion

    Tous les techniciens s’accordent pour relever deux points principaux plus ou moins communs à ces drames :
    - depuis plusieurs dizaines d’années, l’urbanisation et les aménagements se développent de manière mal contrôlée dans le lit majeur des cours d’eau, sans tenir compte des conséquences des crues, pourtant inéluctables à plus ou moins long terme;
    - d’une façon générale on a cherché à améliorer l’écoulement des eaux de façon ponctuelle, pour se mettre hors inondation, sans se préoccuper des conséquences à l’aval, alors même que les aménagements urbains (imperméabilisations, drainages, recalibrages,...) et la croissance urbaine concourent à amplifier le risque.
    Si la nécessité de prendre en compte les crues courantes dans l’aménagement est unanimement (ou presque) reconnue, doit-on «gérer» aussi les crues exceptionnelles.
    La prise en compte des conséquences d’une crue exceptionnelle devrait-elle entraîner une interdiction pure et simple de construire dans les lits majeurs des vallées ? Cette solution paraît difficilement acceptable sur le plan économique. D’ailleurs, cette contrainte ne résisterait pas à la pression «urbaine». Il faut donc adapter les ouvrages au phénomène pour diminuer le coût économique des dommages, mais surtout éviter les victimes.
    En Isère, plusieurs rivières à caractère torrentiel pourraient se comporter un jour comme l’Ouvèze. Si le département échappe aux influences méditerranéennes les plus marquées, il reçoit cependant des perturbations d’ouest parfois à pluviosité très abondante. Les événements météorologiques d’octobre 1993 en Dauphiné et ceux de janvier 1994 en Beaumont en sont une illustration.
    Les rivières dont le lit majeur est en forme de couloir (concentration des s, augmentation des hauteurs d’eau et des vitesses) peuvent recevoir un traitement spécifique. Le Service RTM de l’Isère a proposé, pour une rivière du département, la Gresse, outre une zone non oedificandi assez large de part et d’autre de l’axe du cours d’eau, la mise en oeuvre de dispositions architecturales permettant d’une part le renforcement des bâtiments contre l’affouillement et la poussée hydraulique, d’autre part l’accès au toit par l’intérieur.
    Les contacts et discussions avec certains habitants, artisans et entreprises de construction de Vaison-la-Romaine ont confirmé le réalisme de cette démarche (les architectes d’un centre culturel ont demandé à l’entreprise chargée de remettre en état les bâtiments touchés par l’inondation, de percer des ouvertures pour accéder au toit par l’intérieur des bâtiments).Le toit d’un bâtiment résistant à la poussée hydraulique, peut servir de refuge en l’attente des secours.
    Marcel Roubault, géologue et auteur de «Peut-on prévoir les catastrophes naturelles ?» (1970), écrivait déjà à propos de la crue du Tarn en mars 1930, imprévisible à l’époque (cotes des crues historiques, en particulier celle de 1766, dépassées de plus de 1 m4 ) et pour laquelle la cause essentielle du nombre des victimes fut la destruction des maisons et partant le décès par noyade de leurs occupants : «La conclusion est simple : dans toutes les plaines alluviales, la construction en dur est une condition impérative de sécurité. Cela est réellement du domaine du prévisible entre les mains des hommes. Mais alors nous abordons le domaine du possible ou de l’impossible en matière de lois ou de règlements car il faut imposer une mesure».Dans la campagne et les faubourgs, les constructions détruites étaient en briques séchées. Dans la ville, les constructions édifiées en briques cuites, ont mieux résisté.

    On peut évoquer aussi la solution de l’évacuation des habitants. Mais si, pour un camping, l’application se conçoit aisément, l’exécution en est autrement plus délicate pour un lotissement par exemple ou pour un quartier de centre urbain. La mesure, souvent très mal perçue, est considérée comme une précaution démesurée prise par les autorités et cause toujours un traumatisme psychologique, même en l’absence d’événement grave.


    1Plus ce coefficient se rapproche de 1, plus la quantité d'eau qui ruisselle se rapproche de la quantité de pluie tombée au sol.
    2Cadereau vient du latin «cadere» (tomber) et de «eau».
    3Le conseil municipal d'Eybens (Isère) a fait réaliser un bassin de rétention (ou bassin d'orage) sur le torrent du Verdarel qui traverse le chef-lieu. Le coût des travaux s'est élevé à plus de 6 millions de F 89 HT. Mais inspiré par le conseil municipal de Vitrolles (Bouches-du-Rhône), il a fait aménager ce bassin en vélodrome dont le coût supplémentaire s'est élevé à plus de 7.8 millions de F 89 HT. Depuis sa mise en service en 1989, il a recueilli deux crues du Verdarel, en décembre 1991 et en janvier 1995 (fig. 69a et b).
    4Les eaux, à Montauban, sont montées de 17 m en 24 heures