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seminaire  

Atelier 1
Etude de la vulnérabilité d'un territoire

 

Animateur : Pascal Douard, délégué-adjoint aux risques majeurs MATE
Rapporteur : Jean Denègre; directeur ENSG (IGN)

Axes de réflexion proposés : comment évaluer la vulnérabilité d'un territoire ? A partir de quelles données ? Selon quelles méthodes ? La création d'une couche "risque" dans les SIG est-elle une solution à poursuivre ?

Introduction au débat

En introduction au débat, une présentation de la thèse d'Y. Manche au CEMAGREF est faite par Gérard Brugnot, son directeur de thèse. Celle-ci s'articule en quatre points :

1/ Une définition des risques naturels : elle peut être formulée comme l'intersection entre les aléas (issus des phénomènes naturels) et la vulnérabilité des objets. La vulnérabilité est définie comme le niveau d'effet prévisible d'un phénomène naturel sur un enjeu. Elle se traduit donc par le choix des objets à protéger et par la définition des objectifs de protection. L'aléa se définit par un contenu de référence et une intensité (ou un niveau) elle-même liée à la fréquence temporelle.
2/ Une évaluation des risques : en amont des aléas on doit procéder à l'évaluation des phénomènes, et en amont des vulnérabilités, à celle des enjeux (matériels, économiques, sociaux). Deux difficultés interviennent entre autres : l'incertitude de certaines connaissances (ex. limites floues des territoires concernés), et le caractère indirect de certains risques (ex. perte d'accessibilité de certains itinéraires stratégiques).
3/ Deux démarches complémentaires : la prévention, qui concerne plutôt des risques mesurables, "calculables" avec des probabilités, et la précaution, qui porte sur des risques incertains, potentiels, basés sur des connaissances scientifiques insuffisantes et donnant lieu à un débat social.
4/ Deux types de mesures opérationnelles : structurelles, avec des ouvrages de protection et de défense active ou passive, non structurelles, portant sur la modification de l'usage des sols (règlementations) et visant à réduire la vulnérabilité.

Ces principes étant posés, la mise en œuvre procède en deux temps : la conception (selon la méthode UML) par identification des données, des acteurs et des besoins, puis des fonctionnalité attendues, ensuite le prototypage en choisisant la technologie (base de données accessible par Internet) et une démarche "en spirale". Les types d'information qui en résultent sont :
  • les cartes de référence,
  • les sites d'aléas,
  • les événement sur un site,
  • les zones règlementaires (ex. P.P.R.),
  • les actes administratifs (ex. permis de construire),
  • les travaux d'aménagement et de prévention.

Les principales interrogations qui subsistent concernent le modèle théorique des risques naturels (synthèse et représentation des connaissances) et les décisions à prendre (débat de société, à partir de la définition des aléas de référence et des objectifs de protection). Une phase clé de cette démarche est l'évaluation des déficits de protection. Ceci présuppose la mise en commun de toutes les informations disponibles.

Un exemple intéressant est fourni par le Système d'information sur les risques naturels de la haute vallée de l'Arve (SIRVA). Le système permet d'afficher sur demande la liste des évènements sur un site donné et à une époque donnée, de visualiser l'extrait correspondant de carte de localisation probable des avalanches (CLPA), enfin de déterminer les objectifs et les déficits de protection.

Rapport du débat

Pascal Douard, délégué-adjoint aux risques majeurs, a introduit le débat qui a suivi la présentation de la thèse d'Y. Manche, en distinguant deux types de questions : les objectifs (liés aux besoins), d'une part, les outils et leur adéquation aux besoins, d'autre part.

En termes d'objectifs, il a été souligné que la distinction entre aléas et vulnérabilité est encore mal perçue et mal assimilée. Si les aléas sont relativement bien définis et mesurés, il n'en est pas de même de la vulnérabilité dont la définition reste floue et dont la notion présente un caractère relatif au contexte dans lequel elle s'exprime : relativité à l'échelle territoriale (la vulnérabilité d'une commune est très différente de celle d'une région), relativité à la catégorie sociale concernée (citadins, agriculteurs, transporteurs, automobi-listes; touristes, etc.), relativité aussi aux enjeux (économiques, écologiques, sanitaires, etc.). Certains objectifs majeurs de lutte contre les risques ont été évoqués, tels que l'aide à la décision en matière de création ou d'amélioration d'ouvrages existants (ex. barrages), l'établissement des bilans de déficits de protection, la hiérarchisation des priorités basée sur une modélisation des aléas (exemple de la restauration des terrains en montagne), l'aide à la gestion en temps de crise (faire converger les flux d'informations vers le préfet), ou l'adaptation des dispositifs d'assurance à la diversité des situations potentielles.

En termes d'outils, il a d'abord été observé la difficulté de concilier l'incertitude des aléas avec le caractère réglementaire (et rigide) des PPR. Et aussi la difficulté de choisir le mode d'expression de l'information à diffuser, à la fois complexe et lourde, qui doit revêtir une forme adaptée à la demande des usagers. D'autre part, certaines lacunes en matière de données de base ont été identifiées : altimétrie précise pour les inondations, connaissance fine des infrastructures jouant un rôle dans la montée des eaux, évaluation des populations présentes sur les lieux de travail ou dans les zones d'activités. L'établissement de scénarios gradués suivant la gravité de l'aléa constitue une méthode efficace, pourvu que l'on dispose d'un géocodage complet des infrastructures (notamment des entreprises). L'utilité d'un code postal fin basé sur une logique géographique infra-communale (comme en Grande-Bretagne) a été soulignée.

Face à la complexité de ces problèmes, qui relèvent de techniques souvent fort éloignées, on observe une prise de conscience croissante et un mouvement de concertation des responsables territoriaux, qui tentent de rassembler les compétences et de constituer une force de proposition vis-à-vis des services techniques. Cette prise de conscience porte notamment sur la notion de continuité dans l'action et de développement durable. Ce genre d'évolution dans les mentalités n'est pas moins importante que les progrès techniques qui restent à faire.

Je vous remercie.

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