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Dossier du mois  

"A chaque accident potentiel, son plan d'action spécifique "

 
Située dans le couloir de la chimie, au Sud de Lyon, la ville de Feyzin s'est résolument orientée vers une prise en charge préventive des risques industriels. Yves Blein, maire de la commune, nous présente son plan d'action.

 

Depuis juin 2002, votre commune met en place un nouveau protocole de prise en charge des risques industriels. Dans quel contexte Feyzin évolue-t-il ?

Yves Blein : Trois entreprises classées Seveso exercent leur activité sur le territoire communal : une raffinerie, une société de fabrication d'azote et une dernière, spécialisée dans le stockage de gaz. La raffinerie est l'une des rares en France à être située à l'intérieur même des terres. Au risque industriel proprement dit, il faut donc ajouter celui lié au transport des matières dangereuses. En effet, plus de six cents camions citernes transitent chaque jour à travers Feyzin.


Quelle est votre position dans la prise en charge de ces risques au sein de votre ville ?

Y.B. : En tant qu'élu, ma préoccupation majeure est de prendre en compte le point de vue de la population… et de les informer. Le contact avec les associations locales et les conseils de quartier est permanent. Les attentes de mes administrés sont sans ambiguïté : " Nous acceptons de vivre à proximité immédiate d'usines à risques, mais nous voulons savoir exactement ce qu'il en est, en toute transparence. Ne nous cachez rien ! " Je suis porteur de ces préoccupations.


Des attentes qui impliquent un plan d'action…

Y.B. : Oui, bien sûr ! La commune s'est associée avec un ingénieur indépendant (Socotec Consulting), spécialisé dans la gestion des risques présentés par ces entreprises. Nous pouvons donc nous faire notre propre opinion quant aux risques réels, indépendamment des informations qui nous sont fournies par les usines elles-mêmes. L'objectif est de connaître les incidences précises sur les populations pour chaque type d'accident potentiel et de mettre en place - en amont - les plans d'interventions les mieux adaptés.


Concrètement, comment avez-vous procédé ?

Y.B. : Le travail a été réalisé parcelle par parcelle. Nous sommes aujourd'hui capables d'évaluer quasiment au mètre près les conséquences précises de tout accident sur un immeuble ou sur une maison. Toutes ces informations ont été informatisées et seront régulièrement mises à jour. Parallèlement, les riverains sont informés de leur existence et peuvent venir les consulter librement. Ils ont à leur disposition de nombreux conseils sur les actes de prévention pouvant être réalisées comme, par exemple, le type du vitrage ou de toiture à choisir pour leur habitation.


Le 19 novembre dernier, votre action a été distinguée par le prix des Eco-maires. Quel message aimeriez-vous faire passer auprès de vos collègues concernant la prise en charges des risques industriels ?

Y.B. : Il est primordial de donner la parole aux habitants. Même si le couple industrie-Etat marche bien, il ne peut connaître concrètement le ressenti des riverains des installations classées. Un exemple : une torchère inhabituelle provoque toujours une grande inquiétude au niveau de la population alors que, pour les techniciens de la raffinerie, il s'agit d'une banale opération d'entretien, l'idée ne leur vient même pas à l'esprit que cela puisse provoquer un quelconque souci. Les citoyens doivent être autour de la table ! C'est dans ce but que nous avons été choisis à titre expérimental par le préfet du Rhône pour inaugurer la Commission locale pour l'information sur le risques technologiques (CLIRT). Sous sa présidence, elle a déjà rassemblé les industriels, les élus locaux, l'Etat, des associations d'habitants et les partenaires sociaux (CHSCT…). Une commission en avance sur la future législation et qui constitue une première en France.



Remarque générale :
Les entretiens publiés dans cette rubrique ont pour but de permettre à chacun de construire sa propre opinion en fonction des propos qui y sont rapportés. Les avis exprimés n'impliquent aucune caution de la part de Prim.net.
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