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Dossier du mois  

Prévention des risques majeurs : le rôle du Conseil de l’Europe

 
Interview de M Eladio fernández-Galiano, Secrétaire exécutif de l’accord européen et méditerranéen sur les risques majeurs au Conseil de l’Europe.

 

Quel bilan dressez-vous concernant l’accord européen et méditerranéen sur les risques majeurs un peu plus de vingt ans après sa création ?

Eladio fernández-Galiano : L’accord EUR-OPA Risques Majeurs, créé en 1987, est une plate-forme de coopération qui réunit aujourd’hui 25 États. Il a concrètement permis de créer une coordination entre ses membres dans le domaine des catastrophes naturelles et technologiques. Sa grande force a été de mettre autour de la table, pour des échanges profitables à tous, non seulement des pays de l’Union Européenne, mais aussi d’Europe de l’Est, d’Europe du Sud et d’Afrique du Nord.


Quels sont les domaines de compétences de l’accord EUR-OPA ?

E.F. : L’accord EUR-OPA a pour objectif prioritaire d’améliorer la prévention des risques majeurs. Il favorise, en essayant d’intégrer au mieux les compétences des autorités locales, la mise en œuvre de plans de prévention et de réseaux de coopération sur de nombreux thèmes : feux de forêts, changement climatique, etc. L’accord assiste également les services nationaux de protection civile en matière de préparation à la gestion de crise.


Dans son périmètre géographique, en quoi l’accord EUR-OPA a-t-il permis d’améliorer la prévention des risques majeurs ?

E.F. : L’une des missions les plus importantes de l’accord est de sensibiliser les populations en créant une culture du risque. Dans cette perspective, ses pays membres ont développé depuis 20 ans de nombreux programmes d’éducation, de formation et d’information. Au niveau scolaire, cette démarche s’est notamment concrétisée par la rédaction d’un Protocole euro-méditerranéen pour la prévention des risques dans les établissements et par la mise en ligne d’un site dédié aux acteurs du monde de l’éducation (Be Safe Net). Elle s’est également traduite, au niveau universitaire, par la mise en place de formations de 3ème cycle, tel le Mastère Spécialisé en Gestion des Risques sur les Territoires de Cergy Pontoise. Elle s’est enfin exprimée, au niveau professionnel, par des formations permettant d’assurer un meilleur suivi des aléas, notamment en matière de risques technologiques.


Quelles sont les principales thématiques scientifiques et techniques sur lesquelles travaillent aujourd’hui les Etats membres de l’accord EUR-OPA risques majeurs ?

E.F. : L’une des principales forces de l’accord est d’avoir créé un réseau de 26 centres spécialisés par type de risque. Ces structures développent des projets, tant au niveau national que régional, dont le but est d’améliorer au sein de la population la sensibilisation et la résilience aux risques majeurs. Dans ce cadre, l’accord EUR-OPA accorde actuellement une  attention particulière à trois sujets : le changement climatique, les feux de forêt et, enfin, l’impact des catastrophes naturelles sur le patrimoine culturel.


Quelles sont les problématiques de l’accord EUR-OPA concernant le changement climatique ?

E.F. : En matière de prévention et de préparation aux risques majeurs, le changement climatique impose de prendre en considération l’hypothèse d’une fréquence accrue des phénomènes extrêmes. C’est pourquoi les pays membres de l’accord ont soigneusement étudié la canicule de 2003 et ses conséquences, afin que chacun d’eux puisse mieux se préparer à l’occurrence de nouvelles vagues de chaleur. Plusieurs centres spécialisés de l’accord travaillent également dans le but de déterminer, toujours dans une optique préventive, l’influence du changement climatique sur d’autres risques : inondations, feux de forêts, tempêtes et risques côtiers. A titre d’exemple, les travaux menés par les deux centres de l’accord dédiés aux risques marins sont actuellement révisés afin de prendre en compte les conséquences éventuelles d’une élévation du niveau de la mer.


A propos du risque de feux de forêt, comment les actions de l’accord EUR-OPA se concrétisent-elles ?

E.F. : Ce risque s’est aggravé au cours des dernières années. En témoigne la multiplication des incendies dans les Balkans, en Grèce, au Portugal, en Espagne et dans le sud de la France. L’accord EUR-OPA intervient notamment dans les Balkans pour aider les pays de cette région à réaliser des plans de prévention des feux de forêt et à déployer des réseaux d’alerte, l’objectif visé étant de bâtir un dispositif coordonné des moyens et des actions de prévention. L’accord travaille également avec des experts et les autorités ukrainiennes à la mise en œuvre d’une prévention adaptée au risque de feux de forêt dans la zone de Tchernobyl, où la végétation est soumise à de forts taux de radiation. Un autre exemple du rôle de l’accord est celui du développement par son centre spécialisé d’Athènes de capteurs de gaz que l’on peut installer sur les casques des pompiers afin d’évaluer le risque qu’ils encourent pendant un incendie de forêt.


Quels projets l’accord EUR-OPA soutient-il quant à l’impact des catastrophes naturelles sur le patrimoine culturel ?

E.F. : A titre d’exemple, les études réalisées en Italie par notre centre de Ravello ont mis en évidence la possibilité de préserver certaines solutions architecturales populaires dans des zones soumises au risque sismique. L’accord a également organisé en 2007 une formation dédiée au changement climatique concernant les métiers du patrimoine culturel.


L’accord EUR-OPA prévoit-il d’ouvrir de nouveaux chantiers thématiques dans les prochains mois ?

E.F. : Nous pensons que les pays doivent accorder une plus grande attention à l’aide psychologique aux victimes d’une catastrophe majeure. L’accord EUR-OPA envisage donc aujourd’hui de développer une formation de psychologues spécialisés dans ce domaine.


En matière de risques majeurs, sur quels principes reposent les relations du Conseil de l’Europe avec la Commission Européenne ?

E.F. : Comme dans d’autres domaines, tel le respect des droits de l’homme, le Conseil et la Commission ont pour mission de servir l’intérêt des citoyens européens. En pratique, nos deux institutions sont complémentaires. Le Conseil intervient souvent en éclaireur sur des thématiques qui se concrétisent quelques années plus tard par l’adoption d’une directive européenne et joue le rôle d’un laboratoire d’idées pour le lancement de programmes financés par la Commission, qui dispose de ressources plus importantes. Relativement à l’accord EUR-OPA, un autre aspect est essentiel. En raison de la présence parmi ses membres de pays méditerranéens et d’Europe de l’Est, le Conseil favorise la mise en œuvre, souhaitée par l’Union, d’une politique dite de bon voisinage.


La Présidence Française de l’Union Européenne aura-t-elle une influence quant à l’activité de l’accord EUR-OPA ?

E.F. : L’organisation dès novembre 2008 d’un colloque intitulé « Des catastrophes du passé au défi du changement climatique » témoigne de l’engagement de la Présidence Française de l’Union Européenne pour la prévention des risques majeurs. Cette manifestation posera en effet, au-delà des problématiques relatives à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la question de l’adaptation de nos systèmes de prévention et de protection civile.


Remarque générale :
Les entretiens publiés dans cette rubrique ont pour but de permettre à chacun de construire sa propre opinion en fonction des propos qui y sont rapportés. Les avis exprimés n'impliquent aucune caution de la part de Prim.net.
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