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Actes de l'atelier - débat sur les PPR
du 18 décembre 2001
Présentation du 3000e PPR

Intervention de :
Monsieur Didier BOULAUD,
sénateur-maire de Nevers

Lorsque l'on regarde une carte de France représentant ses cours d'eau et le plus long d'entre eux, la Loire, on y trouve Nevers située légèrement à l'amont de ce site remarquable qu'est le bec d'Allier. Les deux fleuves qui s'y rejoignent sont à peu près d'égale importance et lorsque l'on pense aux crues, on se dit que Nevers a bien de la chance d'avoir échappé au débit de l'Allier. La ville est déjà loin des premiers reliefs du Massif Central ; la Loire coule depuis plus de 100 km en plaine et s'est fortement assagie.

On imagine alors un fleuve coulant paisiblement sous les murs de la cité qui doit bien avoir quelques humeurs, mais sans doute sans grande importance. Apparence, apparence trompeuse! La Loire n'a pas eu besoin du débit de l'Allier pour marquer sa présence dans l'histoire de la ville et sur les murs de ses maisons dans les quartiers bas qui en conservent encore aujourd'hui les traces.

Un rappel historique

Sans être trop long, un rappel historique s'impose pour que chacun puisse mesurer l'ampleur des conséquences possibles.

La vie du fleuve est rythmée par ses crues dont l'existence nous est connue par ses traces ou les écrits. Le plus ancien texte connu concerne peut-être Nevers si l'on veut bien reconnaître en Noviodunum la cité ducale. C'est Jules César, dans les commentaires de La Guerre des Gaules, qui le relate : " Ce qui encourageait beaucoup à cet espoir, c'est que la Loire avait grossi par la fonte des neiges si bien qu'elle ne paraissait guéable en aucun endroit ".
Nous sommes en cinquante-deux avant Jésus-Christ.

Il faudra attendre le Ve siècle avec les écrits de Grégoire de Tours, chroniqueur des Francs, pour évoquer, en l'an 580 ou 581, une crue de Loire ainsi que cinq autres dans ce même siècle.
Nouvelle longue période de silence pour retrouver des informations sur plusieurs crues au Xe siècle. En dehors des écrits de Jules César, les premières informations dignes de foi sur Nevers concernent trois crues du XIVe siècle : en 1309 où le pont de bois est emporté, de même qu'en 1389, par les glaces, le pont Madame étant, pour ce qui le concerne, détruit par une crue en 1396.

Les premières informations donnant des niveaux n'apparaissent que dans la seconde moitié du XVIe siècle avec la crue du 20 ou 27 septembre 1585 qui semble être, avec une cote de 5,28 m, une crue d'une ampleur extraordinaire, si l'on imagine un fleuve non endigué à l'époque, libre de toute entrave, coulant entre les remparts de la ville et le coteau de Plagny.

On retrouve la trace de cette crue à Tours où elle est connue pour avoir atteint un niveau identique à la crue record de juin 1856. Cette même crue emportera le pont de Decize. " Au matin du 27septembre 1586 à Decize, les eaux de la Loire étaient si basses qu'on traversait à pied sec le lit qui sépare l'île du faubourg Saint-Privé ; à midi, une crue violente se manifesta tout à coup et ses progrès furent tels qu'à minuit les eaux envahirent l'église de ce faubourg. Le pont qui le reliait à la ville de Decize fut lui-même surmonté et emporté par la crue ". Cette crue redoutable par sa puissance et sa soudaineté est vraisemblablement celle que l'on peut identifier comme ayant eu, à ce jour, le plus fort débit.

N'oublions pas en cet instant que le travail conduit pour aboutir aux PPR a été fait à partir des atlas des zones inondables. Ils ont certes fait l'objet d'un volet historique mais les recherches ont rarement permis de remonter au delà du XVIIIe siècle. Antérieurement, la Loire a commis d'autres crues d'une ampleur tout autre que celles qui ont pu être identifiées.

À partir du XIIIe siècle, les informations vont se multiplier et nous permettre d'appréhender les fréquences : six inondations au XIIIe siècle, cinq au XIVe siècle, douze grandes crues ou inondations au XVe siècle, quatorze au XVIe siècle, quinze grandes crues au XVIIe siècle, etc.

Les informations se précisent au XVIIIe siècle qui verra, en son début, quatre débordements rapprochés octobre 1707, juin 1709, novembre 1710 et février 1711. Pour la première fois l'histoire nous parle de victimes dans les bas quartiers de la cité. Puis il y aura celles de mai 1733, de novembre 1744, de décembre 1755 ; toutes ces crues ayant un niveau supérieur à cinq mètres.

Et comme partout le long de la Loire, des travaux conséquents viennent modifier son cours pour construire des ponts ou des levées pour protéger la population. Nevers n'échappe pas à la règle et la sanction tombe en novembre 1790 où la Loire atteint un niveau record de 5,80 m et emporte le pont principal.

Puis viennent les trois grandes crues du XIXe siècle, bien connues de 1846, 1856 et 1866 ; les dégâts seront considérables à la suite de la destruction des levées.

Depuis, la Loire nous a joué un mauvais tour, se faisant oublier excepté en 1907, mauvais tour car la mémoire de l'homme est volatile et il oublie vite. C'est là qu'est le danger.

Je m'arrêterai là sur l'historique mais tous mes collègues des villes ligériennes connaissent peu ou prou la même histoire.

Les démarches antérieures

Si demain une crue de l'importance de celle du 27 septembre 1866 venait à se reproduire à Nevers, c'est plus de 12 000 personnes qui seraient touchées soit presque le tiers de la population de la ville. Et je ne parle pas des communes avoisinantes qui subiraient un sort similaire, Sermoise-sur-Loire et Challuy en particulier. D'où l'importance de la mise en place d'un plan de prévention des risques d'inondations.

Mais pour limiter les effets dévastateurs de l'eau et être dans la situation d'activer le PPR, notre première démarche a consisté à s'intéresser aux ouvrages de protection contre les crues. Pour certains, les dernières opérations d'entretien remonteraient à plus de cent trente ans juste après la crue de septembre 1866.

Nevers est protégée par un ensemble de levées dont la longueur est d'environ 16,7 km, la commune étant devenue propriétaire de celles de la rive droite, il y aura bientôt quarante ans après de longues tractations avec l'État que je ne relaterai pas ici. Cela représente 11 km de digues qui comprennent celles d'un canal de dérivation se jetant dans la Loire, l'État ayant conservé les ouvrages de la rive gauche, soit 7 km situés pour partie sur la commune voisine. Vous voyez que l'entretien de la majeure partie des levées incombe à la commune de Nevers ; je pense souvent à mes collègues maires qui n'ont pas eu cette " chance " de faire un tel héritage. C'est la situation la plus courante en Loire moyenne mais nous serions, paraît-il, précurseurs, l'État se désengageant progressivement de ses ouvrages " au profit " des communes. Mince consolation.

En septembre 1997, j'ai sollicité l'Europe, l'État, ainsi que le département de la Nièvre pour le financement d'une étude diagnostic sur les ouvrages. Tous ont répondu à mon appel et, en juin 1999, était lancé l'appel d'offres correspondant. L'étude a été confiée à la Sogréah - pour un montant de 135 000 euros - qui nous a présenté le résultat il y a un an. Je sais que pour assurer la rénovation des ouvrages propriété de la commune, une dépense de 2,3 millions d'euros est nécessaire. L'année 2002 sera mise à profit pour solliciter les financements traditionnels et achever les études. Je pense que si tout se déroule normalement, la protection de la rive droite de Nevers devrait être assurée dans le courant de l'année 2004. Espérons que d'ici là…

L'autre maillon de défense contre les crues est une station d'exhaure. La rivière de Nièvre rejoint la Loire sur notre commune. Lorsque le fleuve est en crue, il est nécessaire de pomper les eaux de ce cours d'eau afin d'éviter que les bas quartiers de la ville ne soient inondés par remous.

Une ancienne station était devenue obsolète en raison de la vétusté du matériel et des équipements de pompage mais aussi en raison de l'augmentation des débits liée à l'urbanisation de l'agglomération.
Même démarche, recherche de financement en 1997 auprès des partenaires habituels, la ville assurant le complément. Nous obtiendrons ainsi, et qu'ils en soient remerciés, 2,8 millions de francs du FEDER, 2 millions de l'État et 1,6 million du département de la Nièvre. Appel d'offres en 1999, dévolution des travaux à un groupement d'entreprises qui assure la rénovation complète de la station pour la fin de l'année 2000. La nouvelle station qui aura coûté 11,3 millions de francs a déjà fonctionné par deux fois au printemps dernier.

le PPRI de Nevers

Je ne vais pas m'étendre longuement sur le sujet, chacun d'entre vous dans cette salle connaissant les procédures aboutissant au plan de prévention.
J'en rappellerai seulement quelques dates :

  • atlas des zones inondables 1995 et 1996 (une participation des services de la ville pour sa mise au point ;

  • projet d'intérêt général publié par arrêté préfectoral en date du 5 décembre1997. La ville de Nevers obtient le classement du quartier de la Baratte en zone inondable urbanisée avec, certes, des contraintes mais conservant la possibilité d'y développer des projets, à la différence des zones à préserver de toute urbanisation nouvelle et ceci dans la continuité d'un secteur déjà urbanisé. Des projets sont (étaient) en cours de développement en bordure de la déviation de Nevers, mise en service en 1999 ;

  • 22 janvier 2001 : projet de plan de prévention des risques, présentation aux communes concernées ;

  • été 2001 : enquête publique ;

  • 7 décembre 2001: transmission par M. le Préfet de la Nièvre du plan de prévention des risques d'inondations de la Loire pour le Val de Nevers.
  • Ce plan revient sur une décision antérieure en restituant au champ d'expansion des crues un secteur de 32 ha d'un quartier de Nevers. La modification du classement de ces terrains est justifiée par la cohérence du plan Loire et je ne la contesterai pas. Mais elle présente un préjudice certain pour notre commune car elle complique la cohérence des projets urbains (ORU, voie de liaison A77 / centre-ville, etc.) et c'est pourquoi j'ai saisi M. le Préfet de la Nièvre.

    Cette cohérence ne s'est pas toujours exercée par le passé tout au long de la Loire où des décisions prises à l'aval ont des conséquences aujourd'hui à l'amont. Souvenez-vous des différents débats passionnés sur les barrages ; le député que j'étais alors s'est trouvé en situation délicate, pris entre les politiques et la population locale. Tout comme par exemple, il y a dix ans, j'ai demandé une étude au BRGM sur le risque de glissement de terrain de tout un quartier de Nevers (coteau des Montapins).

    Le 3 000e PPR a donc été réalisé. Il ne s'agit pourtant pas de la fin des actions de la municipalité. Les investissements prévus sont très importants et les mesures d'information et de prévention sont élaborées. En effet, la municipalité ne s'arrête pas au PPRI car la sécurité de la population, vu l'ampleur du risque, est une de mes préoccupations constantes depuis de nombreuses années et sur le long terme.

    Le DICRIM (document d'information communal sur les risques majeurs) est en cours de diffusion. Une campagne de communication débutera prochainement dans le magazine d'information municipal. Des encarts détachables concernant tous les risques que les Neversois pourraient rencontrer ici ou ailleurs seront insérés, permettant d'informer la population sur les mesures de protection à prendre face à chaque risque.

    Enfin, et de manière à être prête à réagir au mieux en cas de crue, la municipalité élabore un plan de secours et de relogement (PRS), après avoir identifié tous les moyens disponibles sur la ville : humains, techniques, industriels, etc. Ce plan précise toutes les actions à mettre en place pour protéger la population et les biens. Il détermine les tâches de chaque agent municipal et les moyens à mettre en œuvre.

    L'organisation générale du dispositif s'élabore en concertation étroite avec M. le Préfet de la Nièvre et en coordination avec les communes avoisinantes.

    Nevers s'est montrée solidaire avec les communes ligériennes puisqu'une partie de son territoire est situé dans le champ d'expansion des crues. Cette solidarité ne doit pas être à sens unique et quand demain la Loire sera de nouveau en crue, Nevers attend en retour la solidarité de l'État; pour venir en aide à sa population.

    Haroun Tazieff, dans un rapport au président François Mitterrand, lançait la démarche des PPR qui devait permettre une prise en charge globale de tous les aspects liés aux risques technologiques ou naturels. Il aura fallu presque vingt ans pour conduire la démarche qui aboutit aujourd'hui au 3 000e PPR.

    Intervention de :
    Monsieur Bernard GOURNAY,
    chef de service à la direction départementale de l'Équipement de la Nièvre

    Nous avons cheminé de manière parallèle avec la ville de Nevers pour l'élaboration du PPR. Une décision difficile a été prise : elle a conduit à retirer à l'urbanisation une zone importante pour la redonner à la Loire. Tout ceci s'est bien terminé malgré de nombreuses réticences.
    Les mentalités ont bien évolué et ont permis d'arriver à une prise de conscience commune. Je suis à ce titre fier du travail partenarial réalisé. De nouvelles étapes attendent la ville, et l'État sera à ses côtés. Il faut ajouter que le PPR concernait aussi les communes riveraines dont une partie majoritaire se trouve exclue de l'urbanisation.

    Un autre enjeu nous attend car en cas de catastrophes importantes, les digues auront du mal à résister. Il faudra donc envisager une zone qui serve de déversoir pour permettre à la Loire de s'étaler et de reprendre son cours plus loin tout en ayant inondé des zones qui ne sont pas complètement désertes.

    C'est tout le sens du débat qui va s'instaurer prochainement entre le préfet et les maires des communes concernées.


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