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Crue de la Seine
le 28 janvier 1910
 
Caractérisation de l'événement Code Evénement
1-1.1-75-20011910
Date de l’événement
Début : 28/01/1910 (pic) en fait 20 janvier 1910
Fin : 17/02/1910
Type d’événement
ICB : Inondations

Localisation Région
IDF
Principaux départements
75
Commune(s)
Paris et sa banlieue
Nombre de communes sinistrées

Intensité et dommages Intensité

Gravité
4
Dommages humains
vraisemblablement < 5 Morts
Dommages économiques
Coût actuel estimé (G€) 1,07

Descriptif succinct de l'événement Crue de la Seine occasionnée par la conjonction de plusieurs facteurs: pluviométrie importante, neige et gel, débordement de plusieurs cours d'eau (Yonne, Loing, Grand Morin). Débit 2 400 m3/s, 4 milliards de m3 s'écoulent à Paris. Le 28 janvier, la crue atteint 8.62 mètres à Paris et 39.62 mètres à Gournay sur Marne, 20 000 immeubles sont inondés à Paris. A Mantes le débit est de 2 770 m3/s. La situation de la banlieue est également dramatique en amont comme en aval avec 30 000 maisons sinistrées. Les dégâts divers estimés pour le département de la Seine (75,92, 93,94) s’élèvent à 1,07 G€.
Sources : www.environnement.gouv.fr/ile-de-France/phecrues/historique/thematique/dossier00.htm

Suivi de l’événement et documentation Mission d’inspection
Commission du 9/02/1910
Rapports établis
Rapport Picard
Documentation disponible au MEDD
1910 Paris inondé, Marc Ambroise-Rendu (CIDRM 1612)
Cellule d’Information Documentaire sur les Risques Majeurs
Contact : J. PERCHE à la sous-direction des risques majeurs 01 42 19 14 62

Commentaires et retour d’expérience Nous reprenons ci-après des éléments du dossier thématique de la DIREN Ile-de-France sur les crues historiques de la Seine. Pour plus de détail, nous vous invitons à consulter ce site :

HISTORIQUE
La Seine, fleuve de 776 km, doté de 11 affluents, draine un bassin de 78 650 km² qui représente 30 % de la population de la métropole et 40 % de son industrie (pour ce qui de la partie aval de la Seine (IdF jusqu’à l’embouchure). Son débit moyen est de 450 m3/s environ et son débit le plus fréquent 250 m3/s environ. Il peut devenir exceptionnellement élevé à la suite de précipitations abondantes sur le bassin.
La Seine est, sur les 160 derniers kilomètres de son cours, un fleuve à marée, avec une amplitude de 7 mètres à Honfleur. A Rouen, l'amplitude est encore de 3 mètres. Le barrage de Poses est la limite de la zone soumise à marée. La marée peut se combiner au débit et à des phénomènes météorologiques pour occasionner des débordements. L'onde de crue, se déplaçant relativement lentement, est prévisible. A Rouen, dans le domaine maritime ou soumis à la marée, l'onde de marée déformée par le débit du fleuve se déplace et de ce fait, est prévisible.
Les crues de la Seine ont comme référence la crue de 1910 pour l'aval de Rouen. Elle fut la plus importante du XXe siècle, même si les chiffres ne sont pas forcément exacts au centimètre près, car les mesures n'étaient pas aussi précises qu'aujourd'hui. Les seules traces indiscutables sont celles qui ont été gravées sur certaines maisons.
• En 1910, le niveau d’eau à la station de Paris-Austerlitz a atteint 8,62 m soit pratiquement 8 m de plus que le niveau normal (8,42 m à l’échelle du pont de la Tournelle). A l’époque déjà, la crue est qualifiée de centennale.
• La crue de 1910 a été réellement exceptionnelle puisqu’elle accuse les débits maximum les plus élevés pour les trois vallées de l’Yonne, de la Seine et de la Marne. Sa période de retour ajustée reste cependant limitée à 50 ans ou 150 ans suivant les vallées.
• En 1658, c’est la plus haute crue signalée sur Paris depuis 400 ans : 8,81 m à l’échelle du Pont de la Tournelle (rapport Legrand)
• En 1740, la crue atteint 7,90 m à l’échelle du Pont de la Tournelle (rapport Belgrand)


PREVISION DE L’EVENEMENT

Les conditions météorologiques à l'origine de la crue de janvier 1910 se sont mises en place dès l'automne précédent. La fin de l'année 1909 fut très humide, notamment en décembre avec un excédent de pluie de l'ordre de 50 %. La première semaine de janvier, stable et sèche, fut suivie de deux décades perturbées au cours desquelles les précipitations furent exceptionnelles.(Météo France)


La crue de 1910 est une crue double, c’est-à-dire générée par deux épisodes de pluie à intervalles rapprochés.
1- Dès la première série de pluie (du 18 au 21/01), la Seine et ses affluents amont ont réagi (sols saturés, gelés). Les vallées rapides de Loing et du Grand-Morin font monter en 4 jours la Seine de plus de 3 mètres (le 22/01, on enregistre 5,93 m au Pont d’Austerlitz). Pour les bassins de la Petite Seine et la Marne, la progression des ondes de crue est moins rapide.
2- Le deuxième épisode pluvieux entraîne une notable reprise de crue sur l’Yonne supérieure, le Loing, Le Grand Morin (vallées rapides) : la décroissance de l’Yonne est instantanément stoppée tandis que le Loing et le Grand-Morin reprennent des niveaux très importants. Le 26 janvier, le niveau de la Seine est aggravé de la pointe de la Marne avec la deuxième pointe très marquée du Grand-Morin. La concomitance de ces deux nouvelles ondes de crue de la Seine et de la Marne produira le maximum de la crue le 28 janvier 1910 à 8,62 m à l’échelle du Pont d’Austerlitz à midi ce qui représente un débit de pointe de crue de l’ordre de 2 400 m3/s.
Le 29 janvier 1910, après 12 jours de montée continue, la décrue est amorcée ; il faudra attendre le 16 mars 1910 pour que la Seine retrouve son lit normal (moins de 2,50 m à l’échelle de Paris-Austerlitz), soit après deux autres épisodes de crues où l’on retrouve des maxima à plus de 5 m.

Créé en 1854 par l’ingénieur Belgrand, le service hydrométrique assurait un rôle d’observation et de prévention. Des relevés quotidiens étaient effectués sur l’ensemble du bassin et comparés avec des données antérieures pour déterminer les probabilités de crue. Ce service administratif n’était pas préparé pour faire face à une éventuelle catastrophe. Les relevés étaient effectués aux heures prévues par le règlement et leur transmission devint difficile du fait de l’inondation qui perturba les moyens de communication.
Malgré les limites des appréciations (prévisions météorologiques limitées à 24 heures), cet organisme a su prévoir une crue importante dès le mois de novembre 1909. Mais les estimations semblent avoir été utilisées pour rassurer plutôt que pour prendre les mesures d’évacuation qui s’imposaient et les informations n’ont pas été suffisamment diffusées pour alerter les autorités et la population.


CONSEQUENCES ECONOMIQUES ET HUMAINES


Deux cent mille personnes frappées directement ou indirectement, quatre cent soixante treize hectares inondés, 7 155 de quais submergés, 15% des immeubles parisiens touchés soit à la surface, soit au sous-sol : les dégâts matériels sont importants mais les pertes humaines très limitées (quelques sauveteurs vraisemblablement).

L’inondation a occasionné la perturbation de nombreux services aux usagers dans la vie quotidienne :
• Alimentation en eau potable,
• Interruption des moyens de transports (chemin de fer, métro, tramway)
• Interruption des moyens de communication (télégraphe, téléphone)
• Interruption des distributions d’énergie (gaz d’éclairage, électricité, air comprimé)
• Interruption de la destruction des gadoues et des matières de vidange.
(extrait de 1910 Paris inondé édité par le Ministère de la Culture et de la Francophonie, Direction du Patrimoine)

En termes de coût, les seules estimations chiffrées ont été réalisées pour le département de la Seine (Paris, Hauts de Seine, Seine-Saint-Denis et Val de Marne) et s’élèvent à environ 400 millions de dommages directs auxquels il faut ajouter 50 millions de francs-or distribués à titre de secours, ce qui correspond à environ 1,4 milliards d’euros 2002 (1910, Paris inondé- Marc Ambroise-Rendu).


RETOUR D’EXPERIENCE et PREVENTION

Le 9 février 1910, est créée une commission des inondations présidée par l’ancien ministre de la marine Alfred Picard. Elle avait pour objet d’étudier les causes et les conséquences de l’inondation et les moyens d’y remédier. Le rapport préconisait un certain nombre de mesures qui en raison de la guerre ne furent pas immédiatement mises en œuvre.
Après 1924 et une nouvelle crue, les mêmes conclusions concernant les travaux à prévoir furent rendues par la commission en place. Nombre d’entre eux ont été entrepris :
• Construction de barrages réservoirs,
• Surélévation des murs de quais,
• Approfondissement du lit de la Seine,
• Reconstruction de certains ponts qui gênaient l’écoulement de crues,
• Installations de stations de pompages,
• Suppression de l’écluse et du barrage du pont de la Monnaie

En outre, des dispositifs de sécurité ont été prévus : installations de cheminées sur les bouches d’égout, fermeture des déversoirs des égouts dans la Seine, obstruction des murs par des murets de béton. Mais ces mesures apportent des améliorations notables pour prévenir de petites crues, elles ne permettent pas de remédier à une crue de l’ampleur de celle de 1910. Une mobilisation de tous les acteurs économiques, services publics et de la population est nécessaire.
Le délai d’annonce des crues est un élément essentiel pour une prévention efficace. C’est le centre d’annonce des crues de Paris, géré par la DIREN Ile-de-France qui assure l’annonce des crues sur la Seine, la Marne et l’Oise pour les 9 départements du Bassin moyen de la Seine (Ile-de-France et Eure). La mission de ce centre est de prévoir, annoncer et suivre l’évolution des crues. Il dispose de plusieurs indicateurs : les données pluviométriques fournies par Météo-France, les informations des Centres d’Annonce des Crues situés plus en amont, et surtout les données télétransmises en temps réel issues du réseau de mesure.
Le centre d’annonce des crues alerte les préfets dès que certains seuils (cote d’alerte) sont dépassés. Ils préviennent à leur tour les maires et les principaux services publics concernés afin d’organiser les secours et prévoir les mesures de protection et d’évacuation.

Dans l’état actuel de l’urbanisation de la Seine, les dégâts engendrés par une ligne d’eau comparable à celle de 1910 seraient de l’ordre de 12 milliards d’euros selon l’étude « évaluation des dommages liés aux crues en région Ile-de-France » (Grands lacs de Seine).


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