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Eruption de la montagne Pelée
le 8 mai 1902
 
Caractérisation de l'événement Code Evénement
1-5.2-972-08051902
Date de l’événement
Début : 08/05/1902
Fin : 08/05/1902
Type d’événement
VOLC : Eruption volcanique

Localisation Région
DOM
Principaux départements
97-2
Commune(s)
Saint-Pierre (Martinique)
Nombre de communes sinistrées
1

Intensité et dommages Intensité
5
Gravité
5
Dommages humains
28 000 Morts
Dommages économiques
Coût actuel estimé (G€) 0,46

Descriptif succinct de l'événement « L’explosion du 8 mai se produit à la base du dôme de lave visqueuse formé dès la nuit du 5 au 6 mai dans le cratère de l’Etang Sec. Les gaz, jusque là emprisonnés dans le magma se détendent brutalement et pulvérisent le dôme. L’explosion, qui libère une énergie colossale, est dirigée latéralement vers le sud-ouest avec un angle de 120 degrés à partir du sommet. Le mélange de gaz, cendres et blocs s’épanche en un écoulement pyroclastique dilué et turbulent, qui se répand à toute allure (plus de 500 km/h) sur les flancs du volcan. Cet écoulement est baptisé “ nuée ardente ” par A. Lacroix et caractérise le dynamisme péléen. La nuée ardente du 8 mai, extrêmement dévastatrice, atteint la ville de Saint-Pierre en moins de 2 minutes et fait 28 000 victimes. » Elle fut suivie de plusieurs autres écoulements dont celui du 20 mai qui acheva la destruction de Saint-Pierre, puis le 26 mai, 6 juin et 30 août. Cette dernière éruption dévasta une superficie 2 fois plus importante (114 km²) s’étendant à la ville de Morne Rouge où elle fit 1 000 nouvelles victimes.
Jean-Louis Cheminée, directeur de recherches au CNR, directeur des observatoires volcanologiques de l'Institut de Physique du Globe de Paris
Sources : http://www.mnhn.fr/expo/volcans,
http://www.univ-orleans.fr/SCIENCES/GEOLOGIE/res_ped/volcano/pelee2002/ french/1902_history/titre_1902history.htm, http://www.culture.fr/actualités/celebrations2002/montpelee.htm, http://volcano.ipgp.jussieu.fr:8080/martinique/stationmar.html

Suivi de l’événement et documentation Mission d’inspection
Mission du Professeur Alfred LACROIX (La montagne Pelée et ses éruptions, ed. Masson 1904)
Rapports établis
Rapport de MM. Lacroix, Rollet de l’Isle et Giraud à l’Académie des Sciences sur l’éruption de la Martinique 1er septembre 1902 ; Rapport à l’Académie des Sciences au nom de la Commission des Antilles, 16 février 1903 ; Rapport de la Commission Leprieur sur l’éruption de la Montagne Pelée de 1851
Documentation disponible au MEDD
le désastre de 1902 à la Martinique, URSULET (CIDRM 1881)
l’explosion de la montagne Pelée- CHEGARAY/ DOATO, cassette vidéo (CIDRM 2830)
Cellule d’Information Documentaire sur les Risques Majeurs
Contact : J. PERCHE à la sous-direction des risques majeurs 01 42 19 14 62

Commentaires et retour d’expérience HISTORIQUE
La montagne Pelée est l’un des neufs volcans de l’arc antillais.
Situé dans la partie septentrionale de l’île de la Martinique, elle en est le point culminant (1 397 m - 1 351 m en 1902) et occupe 1/8 de la superficie totale de l’île.
Ce volcan s’est formé en 3 phases :
          • La phase Paléo Pelée, il y a 350 000 ans : formation du volcan
          • La phase intermédiaire, il y a 100 000 ans : émission de nombreuses              nuées ardentes
          • La phase récente qui débute il y a 13 500 ans

L’activité se caractérise par l’alternance d’épisodes ponceux et d’épisodes à nuées ardentes péléennes, associées à la mise en place de dômes visqueux.
L’éruption de 1630 qui avait couvert de cendres les flancs du volcan et détruit la végétation, lui conférant un aspect de désolation serait à l’origine de son appellation la montagne Pelée donnée par les colons. Depuis la découverte des Antilles par Christophe Colomb, quatre éruptions ont eu lieu en 1792, 1851 (phréatiques), 1902 et 1929 (magmatiques).
En 1902, sept communes sont adossées au flanc de la montagne Pelée : Saint-Pierre, Précheur, Morne-Rouge, Ajoupa-Bouillon, Basse-Pointe, Macouba et Grande-Rivière. La limite Nord de la ville de Saint-Pierre est distante à vol d’oiseau de 6 km du cratère tandis que Morne-Rouge, à 430 m d’altitude se situe seulement à 4 km du sommet.


PREVISION DE L’EVENEMENT
Au cours de l’année 1902, l’activité tectonique a été particulièrement intense dans la région des Caraïbes. De nombreux séismes et éruptions volcaniques sont survenus en avril et mai 1902 en Amérique centrale causant la destruction de plusieurs villes : éruption de la Soufrière de Saint-Vincent et de la Montagne Pelée en Martinique, volcans situés à la limite Est de la petite plaque tectonique des Caraïbes, éruption de l’Izalco au Salvador, du Masaya au Guatemala, du Conception, de la Santa Maria et du Pacaya au Nicaragua, situés à la limite Ouest.

« L'éruption de la Montagne Pelée en 1902 fut la plus meurtrière du XXe siècle. Était-elle prévisible ?
Dès 1889, des fumerolles sont signalées dans le cratère du volcan, l'Étang Sec. Au début de 1900, il y a deux fumerolles à fort débit, une demi-douzaine en 1901.
À partir de janvier 1902, les débits augmentent. Les villages " sous le vent ", comme le Prêcheur, sont fortement incommodés par l'odeur d'œuf pourri -H2S - des gaz rabattus. Des petites explosions de vapeurs semblent se produire dès la mi-mars. La première explosion phréatique sûre a lieu le 23 avril au soir. Les premières cendres tombent sur le Prêcheur. Des séismes sont ressentis.
Panaches de cendres et de vapeurs, explosions, chutes de cendres, séismes, sont de plus en plus fréquents jusqu'au 2 mai. Dans la nuit suivante, des détonations extrêmement fortes sont entendues, le panache monte à plus de 4 km d'altitude, des blocs de roche sont projetés à plus de 2 km du sommet, des lueurs impressionnantes zèbrent le panache.
Les cendres retombent sur une bonne partie de l'île, entraînant des mouvements de panique. Le 5, une forte explosion à 12 h 30 est suivie d'un lahar(1) qui détruit l'usine sucrière Guérin et produit un tsunami(2) en arrivant dans la mer. Des gaz bleutés sortent du cratère. Le SO2, gaz magmatique par excellence, apparaît donc.
Le 6 au soir, la base du panache est rougeoyante, c'est probablement l'arrivée de la lave sous forme d'un dôme dans le fond du cratère. Dès le 7 au matin apparaissent des petites nuées et le soir des projections de blocs incandescents. Dans la nuit, on observe des gerbes de lave projetées par les explosions. Le 8 à 8 h 02, c'est le cataclysme.
Aujourd'hui, après les études de Lacroix et les progrès faits en volcanologie, grâce aux études théoriques et aux réseaux de surveillance, il est bien sûr facile de dire que cette éruption était prévisible…Mais à l'époque ?
Dès le 3 mai, le gouverneur Moutet avait nommé une commission. Pleins de bonne volonté, ses membres n'avaient aucune expérience en volcanologie. Elle remit son rapport le 7 au soir et conclut que l'éruption aurait les mêmes conséquences que celle de 1851.
Elle ignorait qu'au même moment la Soufrière, dans l'île voisine de Saint-Vincent, explosait et faisait 1 600 victimes. Toutes les îles de l'arc des Petites-Antilles sont constituées de volcans actifs dont la récurrence des éruptions magmatiques peut être de quelques siècles. »
Jean-Louis Cheminée, directeur de recherches au CNR, directeur des observatoires volcanologiques de l'Institut de Physique du Globe de Paris

Il faut souligner que les commissions de 1851 (Leprieur) et de 1902 (Gerbault) avaient pour objet de rassurer la population. Conscients des limites de leur analyse, les membres de la commission de 1851 concluaient leur rapport en préconisant une étude longue et soutenue sur le volcan qui permettrait de déterminer le nombre et l’intensité de ses moments de repos et d’activité. De même, si les membres de la commission Gerbault n’avaient pas discerné, après le 6 mai, le passage au stade magmatique, G. Landes, professeur au lycée de Saint-Pierre, ne partageait pas l’optimisme ambiant. Il avait perçu le risque de lahars et avait conseillé à la population de fuir les fonds de vallée. Ses diverses observations furent d’ailleurs très précieuses aux analyses ultérieures.

(1) Coulée boueuse causée par des pluies, fontes de glaciers dues à une éruption volcanique, débordements de lacs de cratères, entraînant des cendres et toutes sortes de matériaux volcaniques ou non
(2) Raz-de-marée consécutif à une éruption volcanique, à un séisme ou de glissements de terrains sous-marins.



CONSEQUENCES ECONOMIQUES ET HUMAINES

La surface dévastée par l’éruption du 8 mai 1902 s’étend sur 58 km², les pertes humaines et matérielles sont immenses.
Avant la catastrophe, Saint-Pierre était la capitale économique et commerciale de la Martinique et une place financière importante. Par sa structure portuaire, la ville avait développé une forte activité d’import/export. Elle transitait l’essentiel du trafic extérieur et assurait la circulation à l’intérieur de l’île. Elle était également le siège d’une importante production industrielle (distilleries, usines sucrières) et de nombreuses plantations (cannes à sucre, cacao, café) occupaient son territoire.

Saint-Pierre avant l’éruption de 1902 Saint-Pierre après l’éruption de 1902

D’après la commission pour l’évaluation des désastres financiers et économiques, les pertes immobilières et mobilières se sont élevées à environ 200 millions de francs de l’époque, soit 457 millions d’euros actuels en tenant compte des pertes économiques consécutives aux déplacements de population au Nord, à la cessation d’activités et des incidences sur le reste de la colonie. En effet, toute la partie septentrionale de l’île avait été évacuée suite à la catastrophe (1/5 de l’île), soit 22 300 sinistrés qui quittèrent leur habitation, leur travail, leurs biens et laissèrent des centaines d’hectares de plantation à l’abandon. Une majorité de cette population fut hébergée à Fort-de-France. Très vite se posèrent des problèmes d’hygiène et d’emploi qui contribuèrent en partie, à des retours prématurés sur des zones à risques.

En terme de victimes, le bilan fut lourd, deux personnes seulement survécurent : Cyparis dit Sanson qui était détenu à la prison de Saint-Pierre et Léon Compère qui vivait au pied du Morne Abel et dont l’habitation était protégée par un repli du Morne. D’après le recensement de 1901, la population s’élevait à 26 011 habitants mais ce chiffre était vraisemblablement surestimé. Il est difficile de chiffrer l’exode comme d’évaluer le nombre de personnes en provenance du Prêcheur, du Morne Rouge ou des environs qui pensaient trouver refuge à Saint-Pierre ou venaient participer aux fêtes religieuses de l’Ascension. A. Lacroix estime à 28 000 le nombre maximal de victimes mais on annonça jusqu’à 40 000 disparitions.


RETOUR D’EXPERIENCE et PREVENTION

La commission envoyée par l’Académie des sciences arrive sur place le 23 juin 1902 pour étudier l’éruption de la Montagne Pelée. Elle quittera l’île le 31 juillet et effectuera un second séjour d’octobre 1902 à juin 1903. Alfred Lacroix et Jean Giraud se sont livrés à une véritable investigation de l’île, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Les travaux du géologue A. Lacroix, professeur au Muséum d’Histoires Naturelles de Paris ont fait avancer la connaissance scientifique des phénomènes éruptifs. A partir de ses observations et des témoignages recueillis, il a analysé et décrit avec précision les différentes phases de l’éruption de la montagne Pelée, notamment la formation du dôme de lave et les écoulements pyroclastiques qu’il a nommés « nuées ardentes ».



A. Lacroix fit installer un observatoire rudimentaire qui permit de surveiller la croissance du dôme et l’activité des nuées ardentes jusqu’en octobre 1903, phénomènes qui ont décru progressivement et conjointement. Le volcan ne donnant plus de signe d’activité, l’observatoire cessa de fonctionner en 1925, soit quatre ans avant l’éruption de 1929-1932. Un nouvel observatoire fut alors construit et le réseau de surveillance fut modernisé après l’éruption de la Soufrière en 1976 (Guadeloupe).
Il comporte actuellement une vingtaine de stations géophysiques. Les données sont transmises par signaux radio à l’observatoire où elles sont automatiquement traitées sur ordinateur. Des mesures périodiques sont également effectuées (géochimie des eaux, nivellement, variations des distances…).
Les éruptions de ce volcan sont peu fréquentes mais très violentes et la probabilité d’un nouveau cataclysme au cours du siècle est importante. Les volcanologues développent ‘la prévision générale’ afin d’évaluer le type de risque, l’intensité du phénomène. Elle se base sur l’histoire géologique du volcan et permet de déterminer les zones à risques.


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